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Invitation au voyage..dans le générique de Crazy Ex Girlfriend

Invitation au voyage..dans le générique de Crazy Ex Girlfriend
Charlotte Calignac

Si l’on se réfère à la définition communément admise, le générique d’une série télé est tout simplement la partie où l’on indique le titre, les noms des acteurs et des divers collaborateurs. Bref, un simple objet technique destiné à aligner une série de noms et pourtant… Pourtant ils sont bien plus que ça, particulièrement dans les séries télés dont ils font sans aucun doute partie intégrante. Ils sont la “page de présentation de la série”, une sorte de concentré de celle-ci et de son ambiance. Mais ils sont aussi bien souvent des objets d’art et parfois même des objets cultes pour les fans. Après avoir parlé de la série il y a peu (ici), revenons à présent sur le générique de Crazy Ex Girlfriend.

Rebecca Bunch travaille à New York et a tout pour réussir dans la vie : elle apprend qu’elle va devenir partenaire de la firme d’avocats la plus sélective de la côte Est. Elle a accompli le rêve de sa mère, du moins elle et ses multiples boîtes de médocs vont l’atteindre quand, au milieu d’une crise d’angoisse, Rebecca croise son amour d’un été au lycée : Josh. Il n’a pas changé, il est niais, il n’est pas célibataire, mais il est heureux et il habite en Californie à West Covina. Rebecca fait un burn out. La seule échappatoire qu’elle perçoit, le seul souvenir de bonheur qu’elle a étant Josh : elle démissionne littéralement sur le champ et déménage à West Covina dans l’espoir de retrouver Josh et de retrouver cette sensation de bonheur perdu. Sauf qu’il a une petite amie très sérieuse avec qui il était déjà au lycée et qu’il n’a jamais quittée.

Crazy Ex-Girlfriend, première série de Rachel Bloom, a un générique à l’image de sa série : complètement barré, et exagéré à la limite du dessin animé. Dès le premier plan, tout est clair : Rebecca, l’héroïne, chante et raconte le principe de base de la série. Si elle semble « normale » lors de ce premier plan, une simple prise de recul fait apparaître des illustrations qui rappellent American Dad ou BoJack Horseman. A l’image de ces séries animées, Crazy Ex-Girlfriend se fait satyre du romantisme américain, du happy ending auquel toutes les héroïnes américaines semblent aspirer avec l’homme de leur rêve.

C’est exactement ce que ces illustrations représentent : la perception idéalisée de cette nouvelle vie, dont elle rêve désespérément et qui la moque sans relâche. Seule Rebecca reste « humaine », réelle, tout au long de ce générique, notre ancre dans cette univers et le point de vue à partir duquel nous allons percevoir son univers. C’est dans sa tête que nous sommes subitement immergés, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas de tout repos.

Ce générique a aussi l’avantage de signaler plusieurs détails : d’abord, nous plonger dans le genre de la série, la comédie musicale, mais aussi de défendre le concept de la série.

crazy-ex-girlfriend

En effet, en projetant pour la première fois la série et en entendant les premières critiques du concept et du pilot, Rachel Bloom et sa co-créatrice Aline Broch McKenna ont réalisé que leur série, très féministe dans l’exécution, était perçue justement complètement à l’inverse. Le titre « crazy ex-girlfriend », qui n’a pas de réel équivalent pour un homme, a été choisi précisément ironiquement, pour montrer que ce qu’un homme pourrait décrire comme une ex-copine complètement tarée est en fait peut-être une femme en réelle souffrance (et dépressive) qui tente de trouver un échappatoire par n’importe quel moyen. C’est ce que laissent à entendre les paroles.

I was working hard at a New York job (je travaillais à New York)
Long ago but it made me blue (Il y a longtemps, mais j’en étais malheureuse)
One day I was crying a lot so I decided to move (un jour je pleurais beaucoup alors j’ai décidé de déménager)
To West Covina, California (à West Covina, en Californie)
Brand new pals and new carreer (des amis tous neufs et une nouvelle carrière)
And it happens to be were Josh lives (et, d’accord, c’est là que Josh habite)
But that’s not why I’m here (mais c’est pas pour ça que je suis là)

She’s the crazy ex-girlfriend (c’est l’ex-petite amie tarée)
What? No I’m not! (Quoi ? Non, c’est faux !)
She’s the crazy ex-girlfriend (c’est l’ex-petite amie tarée)
That’s a sexist term! (c’est un terme sexiste !)
She’s the crazy ex-girlfriend (c’est l’ex-petite amie tarée)
Can you guys stop singing for just a second? (est-ce que vous pouvez arrêter de chanter pendant une seconde ?)
She’s so broken inside! (Elle est complètement brisée de l’intérieur)
The situation’s a lot more nuanced than that! (La situation est bien plus nuancée que ça !)
C-R-A-Z-Y (F-O-L-L-E)
OKAY! WE GET IT! (Oui, c’est bon, on a compris !)
Crazy Ex-Girlfriend! (Ex-petite amie tarée !)

La musique correspond complètement à l’esprit de Rebecca: stressant et hystérique quand elle parle de New York où elle était misérable, et beaucoup plus calme à West Covina avec tous ces nouveaux amis qui lui renvoient ses insécurités au visage, et semblent se moquer d’elle. Évidemment, Josh est mentionné, au préalable, mais pour Rebecca le monde entier peut lire en elle comme dans un livre et exploiter ses angoisses, jusqu’au soleil californien avec ses lunettes de soleil. C’est aussi l’occasion pour Rachel Bloom de montrer qu’elle est consciente du fait que le titre peut poser problème et assumer parfaitement les raisons pour lesquelles elle l’a choisi tout en pouvant faire en sorte que son personnage Rebecca défende sa personnalité et démontrer à quel point elle a conscience du caractère excessif de sa réaction.

En conclusion, Crazy Ex-Girlfriend est un générique efficace, parfaitement à l’image de sa série : un univers clairement défini, qui sait ce qu’il est, des personnages difficile à cerner et définitivement en trois dimensions (contrairement à ce que les illustrations essaient de nous faire croire) et où il faut savoir lire entre les lignes.

Crédits: CW

Oh, et en plus, on y chante.